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Signes culturels rencontrés : musique, peinture, écriture, etc.

Poésie 22 : Estellés

 

Els amants


La carn vol carn (Ausiàs March)

No hi havia a València dos amants com nosaltres.
Feroçment ens amàvem des del matí a la nit.
Tot ho recorde mentre vas estenent la roba.
Han passat anys, molts anys; han passat moltes coses.
De sobta encara em pren aquell vent o l’amor
i rodolem per terra entre abraços i besos.
No comprenem l’amor com un costum amable,
com un costum pacífic de compliment i teles.
Es desperta, de sobta, com un vell huracà,
i ens tomba en terra els dos, ens ajunta, ens empeny.
Jo desitjava, a voltes, un amor educat
i en marxa el tocadiscos, negligentment besant-te,
ara un muscle i després el peçó d’una orella.
El nostre amor és un amor brusc i salvatge,
i tenim l’enyorança amarga de la terra,
d’anar a rebolcons entre besos i arraps.
Què voleu que hi faça! Elemental, ja ho sé.
Ignorem el Petrarca i ignorem moltes coses.
Les Estances de Riba i les Rimas de Bécquer.
Després, tombats en terra de qualsevol manera,
comprenem que som bàrbars, i que això no deu ser,
que no estem en l’edat, i tot això i allò.
No hi havia a València dos amants com nosaltres,
car d’amants com nosaltres en són parits ben pocs

Llibre de les meravelles, 1956-58, publié en 1971.

 

 

Les amants 

La chair veut de la chair (Ausiàs March)

Il n’y avait pas à Valence deux amants comme nous.
Nous nous aimions férocement du matin au soir.
Je me souviens de tout cela pendant que tu étends le linge.
Des années ont passé, beaucoup d’années; il s’est passé beaucoup de choses.
Soudain aujourd’hui encore le vent de jadis ou l’amour m’envahissent
et nous roulons par terre dans l’étreinte et les baisers.
Nous n’entendons pas l’amour comme une coutume aimable,
comme une habitude pacifique faite d’obligations et de beau linge
( et que le chaste M. López-Picó nous en excuse ).
Il s’éveille en nous, soudain, comme un vieil ouragan,
et il nous fait tomber tous deux par terre, nous rapproche, nous pousse.
Je souhaitais, parfois, un amour bien poli
et le tourne-disques en marche, et moi qui t’embrasse négligemment,
d’abord l’épaule et ensuite le lobe d’une oreille.
Notre amour est un amour brusque et sauvage,
et nous avons la nostalgie amère de la terre,
de nous rouler dans les baisers et les coups d’ongles.
Que voulez-vous que j’y fasse. Elémentaire, je sais.
Nous ignorons Pétrarque et nous ignorons beaucoup de choses.
Les Estances de Riba et les Rimas de Becquer.
Après, affalés par terre n’importe comment,
nous comprenons que nous sommes des barbares, et que ce ne sont pas des manières,
que nous n’avons plus l’âge, et ceci et cela.
Il n’y avait pas à Valence deux amants comme nous,
Car des amants comme nous on n’en fait pas tous les jours.

(traduction Amador Calvo i Ramón)

[Le poème de Vicent Andrés Estellés est dans l'édition bilingue du Livre des Merveilles, paru à Beuvry, Maison de la Poésie Nord-Pas de Calais, 2005,  traduction par Amador Calvo i Ramón. Le recueil Llibre de meravelles en catalan-valencien est paru à Valence chez Eliseu Climent (Editions 3i4) en 1997.

Sur Vicent Andrés Estellés on lira la notice Wikipédia,  et on pourra consulter la thèse de 2007 d'Amador Calvo i Ramón "Le référentiel et l'intertextualité dans l'œuvre poétique de Vicent Andrés Estellés",  dirigée par Monserrat Prudon.

 

 

Les 5 illustrations de ce billet sont   1) une tempête solaire (source Vilaweb, 21.07.2022),   2) une inscription sur un mur de Els Poblets, Terra Alta, Communauté valencienne (Wikipedia, photo Joanbanjo),   3) la couverture de Llibre de meravelles, Edicions 3i4,       4) un portrait de VAE, vers 1975 (Wikipedia, Arxiu Serra d'Or)    5) et le bronze de Teresa Cháfer (2007) à Burjassot (Wikipedia). BC]
 

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