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en tourbillonnant

Signes culturels rencontrés : musique, peinture, écriture, etc.

Derrière le Paraïs

Manosque. Sur les pentes du Mont d'Or. Un peu au-dessus du Paraïs, la maison de Jean Giono, passe le Canal de Manosque. Un sentier le longe. Le canal va plus loin ; il mesure, nous dit-on, quelques 50 kilomètres et vient irriguer de l'eau de la Durance (fleuve pour Giono) les jardins, les olivaies qui le bordent. Parfois des panneaux viennent y rappeler qu'on ne doit pas y passer, mais on peut y venir respirer, m'a dit une promeneuse ; sur internet on trouvera de nombreuses pages proposant des randonnées et pour en savoir plus sur ce Canal de Manosque, en cliquant ici, on trouvera son site officiel avec de nombreux documents, des cartes, des photos, tout sur les aqueducs… Depuis 1881 il est l'objet de grands soins.

Je suis au Paraïs. Je quitte le jardin après un dernier regard :

 Après l'impasse, je prends sur quelques mètres la Montée des Vraies Richesses, et je tourne à droite sur le sentier. Tout le quartier porte des noms gioniens : il y a aussi la rue Jean le Bleu et, près du temple protestant, celle de l'Eau vive. 
Aussitôt, je suis ailleurs, loin.
Ce n'est pas comme dans Regain le bondissant ruisseau Gaudissart (dont le nom peut faire sourire un Vouvrillon – cherchez pourquoi) : cette  eau coule lentement. Ici, peut-être y a-t-il du béton, mais les plantes ont tout envahi : 

Le regard insiste et cherche l'origine de ce bruit léger : 

une eau paisible, avec de petites rides ; elle n'est pas polluée, les évacuations provenant des maisons avoisinantes sont dans des tuyaux bien séparés. Cette eau est un peu blanche. On nous apprend, sur le site du canal, que des zones calcaires ont été traversées, donnant cette teinte laiteuse. 

Giono, en 1930, a acheté un "bastidon", agrandi par la suite, sur le Mont d'Or, où la ville de Manosque a construit un collège. Cette colline  "ronde et belle, et lisse comme un sein" (Solitude de la pitié, Pléïade I, p. 521) c'est le Mont d'Aures. Plus haut, le vent doit souffler, mais le provençal aura, c'est la brise, que l'on sent ici. Le proverbe :
    L'ome es fa pèr travaia
    Come l'aucèu pèr l'aura

nous dit que des oiseaux (aucèus) aiment l'endroit. Il en passe et, plus loin sur le canal, là où peut se poser pour éviter le courant une famille de canards prend le soleil, jouissant de la fraîcheur et des plantes. L'autre soir, ils exploraient les lieux ; ils ont eu peur, j'ai cru que c'étaient des poules d'eau, mais ce sont bien des canards, au bonheur de vivre : 

Au-dessus, une olivaie. Ses fruits mûrissent lentement ; je les photographie 

C'est mon ombre qui s'attarde.  
Tout près, un chemin passe entre les oliviers :

 

Sur les bords, c'est banal, quelques ombelles (on en voit partout de cette Daucus carota). Mais ici j'ai une pensée pour ces gioniens anglicistes et je ne peux me détacher de cette "dentelle de la Reine Anne" (Queen Ann's lace). 


Je quitte le sentier. Le soir tombe. Entre les herbes, le miroir du canal reste présent.

 

 

[D'abord, merci à la Ville de Manosque pour cette vision rêvée du jardin : une sculpture ancienne évoquant la musique baroque. Les autres photos sont aussi de l'auteur de ce billet. On en saura plus en regardant le site  consacré à l'écrivain. On lira… Ce serait trop de dire ce qu'il faut lire. Voyez l'article de Corinne von Kymmel Zimmermann, D'un monde à l'autre : vers une poétique de l'eau chez Jean Giono, Revue Giono n°1, pp. 221-252, 2007. On le trouvera sur Gallica . Si l'allusion à Vouvray vous échappe, cliquez ici et lisez.]

 

 

BC
 

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